Paradise Papers: les placements secrets de la reine Elisabeth II et Wilbur Ross, le collecteur de fonds de Justin Trudeau…

GABRIEL MIHAI

Vingt mois après les Panama Papers, les Paradise Papers sont une nouvelle fuite de documents liés aux activités financières offshore, lesquels éclairent cette fois les coulisses financières des Îles Caïmans, des Bermudes, de Jersey, de l’Île de Man, etc. – entre autres juridictions qui ont fait de la discrétion voire du secret absolu leur fonds de commerce.

Elisabeth II, l’une des femmes les plus riches du monde, a investi ses revenus dans des places offshore et a pris des participations dans des sociétés britanniques controversées.

En 2005, le duché de Lancaster – qui représente le patrimoine et portefeuille personnel de la Reine – a investi 7,5 millions de dollars US dans Dover Street VI Cayman Fund LP, si l’on en croit les documents de la société Appleby, fournisseuse de services offshore.

Le fonds a investi de manière profitable dans une société qui a développé les technologies de reconnaissance des empreintes digitales pour téléphones mobiles, et réalisé certains investissements dans d’autres sociétés high-tech et sociétés pharmaceutiques.

Ces révélations sur les avoirs de la reine, l’une des femmes les plus riches du monde, ne vont pas manquer de relancer au Royaume-Uni le débat sur son patrimoine, d’autant que ces montages n’apparaissent pas dans les déclarations annuelles de la Couronne. Elles vont sans doute renforcer la détermination des organisations et des députés qui réclament depuis longtemps un contrôle plus sérieux des dépenses de la famille royale.

Bien que les gestionnaires du patrimoine de la reine affirment qu’il n’y avait pas d’avantages fiscaux à investir dans ces paradis, certains détails des montages offshore pourraient en effet se révéler gênants. Le duché de Lancastre est, depuis 1399, le domaine privé du souverain britannique, et lui fournit une source de revenus indépendants. Il comprend traditionnellement des terres et des fonds, détenus en fiducie par la reine. Selon les propres estimations du duché, ses actifs s’élevaient, à la fin de mars, à 519 millions de livres (584 millions d’euros).

De puis douze ans, le duché de Lancastre a indirectement investi de manière involontaire, assure-t-il dans la société BrightHouse, une chaîne de 270 magasins britanniques d’électroménager, accusée d’exploiter des milliers de familles pauvres et de personnes vulnérables. Cette enseigne très controversée propose des appareils électroménagers en location-vente, avec des remboursements à des taux d’intérêt annuels parfois prohibitifs.

On apprend également que Wilbur Ross, le secrétaire au commerce de Donald Trump , est l’actionnaire majoritaire d’une société offshore de fret maritime, qui travaille avec des Russes. «Parmi les plus gros clients de Navigator se trouve en effet la société russe de gaz et de produits pétrochimiques Sibur, qui a contribué à hauteur de 23 millions de dollars à son chiffre d’affaires en 2016. Etablie à Moscou, Sibur appartient à Kirill Chamalov (marié à la plus jeune fille de Poutine) et à Guennadi Timtchenko, un oligarque sanctionné par le Trésor américain après l’invasion russe de la Crimée», écrit le quotidien.

Est aussi citée la reine d’Angleterre, qui aurait investi des millions de livres de son patrimoine privé dans un fonds des îles Caïmans, un paradis fiscal.

Au Canada, les révélations concernent des «membres clés du Parti libéral», dont un proche de Justin Trudeau. Au Mexique, elles portent sur les Légionnaires du Christ, un ordre religieux fondé par un prêtre catholique.

Les documents proviennent en grande partie du cabinet Appleby, basé au Bermudes, qui a subi une fuite massive de données et «compte parmi les Rolls-Royce de la finance offshore». Le Monde promet ainsi «des les secrets offshore de multinationales bien connues, y compris françaises, qui déplacent artificiellement leurs flux financiers vers des territoires pratiquant l’impôt zéro, dans le but de payer le moins de taxes possible là où elles exercent réellement leurs activités». Sont citées Nike, Glencore Facebook ou encore Twitter, les deux dernières entreprises ayant, selon le quotidien, reçu d’investissements qui provenaient de l’argent de deux sociétés proches du gouvernement russe.