Muriel Hermine : « Je donne aux jeunes une deuxième naissance »

Championne du monde de natation synchronisée, Muriel Hermine s’est également développée dans l’artistique par la création de spectacles et la sortie d’un livre (*) ainsi que dans l’humanitaire. Devenue conférencière et coach mental en entreprise, elle s’est lancée un défi : celui de créer il y a dix mois, l’Académie des Passions, un programme porté par son association « J’ai un rêve », reconnue d’intérêt général, venant au secours des jeunes en difficulté et en décrochage scolaire. À quelques jours de présenter les actions et les résultats de cette première année d’activité lors d’une journée festive à l’Abbaye de Royaumont (95) en partenariat avec la Fondation ENGIE, Muriel évoque ses motivations à vouloir aider ces jeunes et nous parle du programme d’accompagnement qu’elle a élaboré pour leur permettre de retrouver le chemin professionnel.

 

Impact European : On connait votre carrière sportive et artistique, mais moins celle de conférencière et de coach mental en entreprise. Pourquoi cette reconversion ?

Muriel Hermine : Ayant monté mon association, il me fallait trouver des financements. Je me suis tournée vers les DRH d’entreprise. En échangeant avec eux, ils m’ont évoqué leur problème de management et m’ont sollicitée pour redynamiser leurs équipes. J’ai ainsi commencé en tant que conférencière, puis comme formatrice. Mon souhait étant d’amener les gens à aligner leur émotionnel et leur ressenti physique, j’ai alors organisé des team building ainsi que des ateliers sportifs pratiques. Je me suis ainsi rendu compte que l’on pouvait vraiment accompagner une personne dans sa globalité mentale, physique et émotionnelle.

IE : D’où votre master en coaching ?

MH : Exactement, que j’ai passé à l’Académie du coaching.

IE : Aussi, comment passe- t-on du monde de l’entreprise à celui des adolescents ?

MH : Les adolescents ne me sont pas inconnus. Cela fait seize ans que je travaille auprès d’eux à travers mon association.  Mes expériences en entreprises m’ont fait prendre conscience que les jeunes avaient besoin de la même qualité de travail et des mêmes outils. Je les ai adaptés et c’est comme cela que le projet de l’Académie a émergé.

IE : Est-ce le fait d’être vous-même une « décrochée » du système scolaire qui a motivé la création de cette Académie ?

MH : Oui. Je me reconnais dans ces jeunes, car j’ai eu le même parcours qu’eux. Ils me guérissent de ma propre enfance. Je n’ai pas de diplôme à l’exception du brevet des collèges que l’on m’a donné, non pas pour mes résultats scolaires, mais parce que je réussissais dans le sport. C’était ma passion. Nous avons tous des talents. Il s’agit de les révéler et de les développer. C’est le but de l’Académie.

IE : l’Académie est-elle une école à proprement parlé comme celle de la seconde chance ?

MH : Non. L’école de la seconde chance a été créée il y a vingt ans pour donner une deuxième chance. Moi, je donne aux jeunes une deuxième naissance. Je les fais naître à ce qu’ils sont vraiment.

IE : Quelle est sa vocation ?

MH : Celle d’accompagner des jeunes sur le chemin de l’emploi qui sont sans formation et sans qualification.

IE : Par quels objectifs ?

MH : Celui de les reconstruire par rapport à des fragilités qui les ont conduits à des échecs scolaires, en travaillant sur la résilience, l’estime de soi et la confiance en soi. Celui de les confronter à leur réalité au lieu de la fuir. Celui de les amener à regarder à l’intérieur d’eux-mêmes en leur faisant détecter les formes d’intelligence (corporelle, émotionnelle, musicale,interpersonnelle…) qu’ils ont développées et leur faisant découvrir leurs talents naturels.

IE : C’est le cheminement nécessaire pour savoir à quel secteur d’activité leurs talents peuvent être associés ?

MH : Exactement, mais au lieu d’associés je dirai plutôt attendus, reconnus ou valorisés. On va regarder quel est le métier au sein du secteur d’activité avec ses contraintes, qui sera le plus approprié à leur personnalité et à ce qu’ils ont envie de faire.

IE : N’importe quel jeune peu suivre le programme de l’Académie ?

MH : Dans l’absolu oui, y compris des jeunes qui ont été jusqu’à la première ou la terminale, qui ont passé le bac et qui ne l’ont pas eu. Mais, je privilégie tout de même les jeunes qui ont eu un parcours chaotique.

IE : Combien de jeunes encadrez-vous actuellement ?

MH : Depuis sa création, l’Académie a accueilli une soixantaine de jeunes.

IE : Comment en avez-vous pensé le programme ?

MH : L’élaboration du programme m’a demandée cinq ans de travail. Les conférences et les team building que j’évoquais n’ont été que des graines semées. Il fallait que je les complète avec mon équipe pédagogique ;c’est chose faite avec des formations sur une semaine. Mais ce n’était pas assez. Aujourd’hui, le programme comprend des conférences, des team building et quatre semaines de formation. Petit à petit et en fonction des possibilités budgétaires que je trouve, le programme se développe et s’étend dans le temps.

IE : Quels en sont les outils ?

MH : Le sport pour structurer l’individu en affrontant ses fragilités et ses propres limites. Les arts avec le chant, la danse, le théâtre, les arts plastiques et les jeux de clown pour gérer les émotions. Le coaching mental et les outils numériques en s’appuyant sur les neurosciences.

IE : Quelle en est l’équipe pédagogique encadrante ?

MH : Je me suis entourée de vrais grands professionnels qui se sont tous réalisés dans leur métier tels que l’ancienne DRH de Disney, des coachs thérapeutes qui interviennent dans de grandes sociétés auprès de managers ou de patrons, des éducateurs sportifs, des formateurs professionnels et des intervenants issus du mécénat de compétences

IE : Redonner confiance à des jeunes qui ne croient plus en rien, est un véritable challenge…

MH : Ça peut le laisser paraître, mais non. Ces jeunes, je les comprends, je sais comment les écouter. Je m’adapte à chacun d’eux pour les faire grandir. Là, je suis dans ma propre zone de talents. Cette capacité naturelle fait que ça marche.

IE : Certains reprennent-ils leurs études ?

MH : Oui. S’ils en ont le potentiel et la volonté, la possibilité de revenir dans le cursus scolaire s’offre à eux grâce aux nouvelles dispositions de l’Éducation Nationale. Aussi incroyable que cela puisse sembler, en moyenne, 30% des jeunes veulent retourner à l’école, car ils ont compris que malgré tout, ils ont raté une étape qui était sensée leur ouvrir des portes. Avec la maturité acquise, ils sont prêts à faire aujourd’hui les concessions, tant au niveau de leur comportement que de leur travail, qui leur étaient encore impensables hier et qui leur sont nécessaires pour y retourner.

IE : Quel est justement le taux de réussite de la formation dispensée ?

MH : Il y a déjà ces 30%. Sinon 50% retournent dans les structures d’insertion au sein desquelles ils sont inscrits. Les 20% restant correspondent aux jeunes que nous présentons aux portes des entreprises pour un stage rémunéré ou un emploi.

IE : En dix mois d’existence, c’est un premier bilan plutôt encourageant …

MH : Bien sûr, ce qui me conforte à penser que le travail que nous faisons est extrêmement positif. J’avoue être fière, pas pour moi, mais pour ces jeunes qui s’ouvrent comme des fleurs et qui me font grandir.

IE : Peut-on dire que vous êtes telle une grande sœur pour certains et peut-être une mère pour d’autres ?

MH : Oui, si l’on veut. L’équipe qui les entoure les amène à se découvrir tels qu’ils sont et à renaître.Nous leur offrons un cadre dans lequel ils peuvent se sentir bien et dans lequel ils peuvent oser être eux.

IE : Quelles sont les perspectives de développement ?

MH : J’envisage de développer des stages pendant les vacances scolaires pour les jeunes qui sont plus en souffrance personnelle qu’en difficultés scolaires. Sinon, nous sommes en train d’ouvrir le programme en région Centre-Val-de-Loire, à l’Agrocampus de Tours-Fondettes. La prochaine étape sera Orléans.

IE : Mais alors, à quand une école dans un lieu rien qu’à vous et sur toute l’année ?

MH : Dès que nous en aurons les moyens. Pour cela, il faudrait que je croise le chemin d’un mécène qui soit touché par le combat que je mène pour ces jeunes, qui me permette de financer la structure, les intervenants et le matériel.

IE : Êtes-vous aidée ?

MH : Oui, je le suis par le monde institutionnel via des subventions, ainsi que par des petites entreprises et des grandes fondations. Néanmoins, cela n’est pas suffisant pour que l’Académie puisse se déployer comme elle le devrait. J’ai donc besoin de leur soutien et qu’il soit pérenne, car c’est maintenant que l’Académie doit prendre son essor, c’est maintenant que sa formation doit être connue et reconnue pour aider ces jeunes à devenir des citoyens responsables. Sans aide, je ne le pourrai pas.

IE : Que peut-on souhaiter à l’Académie ?

MH : Une longue vie grâce à des soutiens et à des partenaires pérennes.

 

L’Académie des passions : programme complet, inscriptions et informations sur :  www.jai-un-reve.com

(*) Spectacles : Sirella, Crescend’O et Freedom

Livre : « Le défi d’être soi » aux éditions Eyrolles

Visuels : (C) DR

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