Mobilisation des routiers : des blocages sont signalés dans une vingtaine de villes

GABRIEL MIHAI

Les routiers ont commencé à bloquer, ce lundi, les dépôts de carburant et les raffineries aux abords de plusieurs grandes villes. Les routiers de la CGT et de FO sont en grève reconductible pour dénoncer la réforme du Code du travail.

La grève des routiers a débuté ce lundi 25 septembre. Plusieurs points de blocage ont été recensés sur le territoire français, notamment aux abords des dépôts de carburants. Mais le mouvement a eu moins d’impact qu’attendu. « Le gouvernement a clairement décidé de réprimer le mouvement, de réprimer la colère des routiers », regrette Jérôme Vérité, secrétaire général de la CGT Transports.

Opération escargot, raffineries et dépôts pétroliers visés : des routiers ont débuté ce lundi à l’aube un mouvement reconductible contre la réforme du travail, avec de nombreuses actions en régions, selon des responsables CGT et FO. Aux environs de 6h, des actions étaient déjà en cours dans une dizaine de grandes villes dans le Nord, à Rouen, Caen, Bordeaux, La Rochelle, Marseille, Lyon ou encore Nantes. Une partie d’entre elles se sont terminées en fin de matinée.

Selon le ministère des Transports à la mi-journée, la situation des stations-services était normale, la « quasi-totalité » des dépôts de carburant étant libres d’accès. En début d’après-midi, le groupe Total a annoncé que seules 2% de ses 2.200 stations étaient en rupture de stock, et un seul de ses 12 dépôts pétroliers, celui de La Mède (Bouches-du-Rhône), bloqué.

La ministre des Transports Elisabeth Borne a annoncé qu’une réunion entre le patronat et les syndicats serait organisée par le gouvernement ce jeudi.

Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, avait indiqué avant le mouvement de grève que le dialogue était ouvert avec les routiers. « Je n’ai jamais eu de contact avec la ministre ou avec son cabinet, ni pendant le week-end ni avant. Elle s’exprime beaucoup dans les médias, visiblement elle agit moins de manière concrète », fustige Jérôme Vérité.

« Les forces de l’ordre ont eu comme consigne de lever les blocages. Dans le Nord, il y a même eu des camions qui sont venus pour remorquer les camions qui ne voulaient pas repartir. C’est une répression sans précédent », poursuit Jérôme Vérité, qui indique que la CGT entend rester discrète sur la suite du mouvement et sur ses nouvelles actions. « Le gouvernement choisit la matraque plutôt que le dialogue », insiste le secrétaire général de la CGT Transports.

Dès 6h du matin ce lundi, des blocages, des barrages filtrants et des opérations escargot ont commencé sur les routes près de chez vous et où se trouvent des raffineries.

Dans le Nord et le Nord-Pas-de-Calais, il y a eu des difficultés sur l’A22, au niveau de la frontière belge, à hauteur de Neuville-en-Ferrain au petit matin. Des opérations escargots ont eu lieu sur l’A25 vers Lille et sur l’A1 également en direction de Lille, entraînant un bouchon de 9km. Les ronds-points aux abords des dépôts pétroliers du Dunkerkois et du Valenciennois sont bloqués, mais les raffineries elles-même, protégées par les gendarmes mobiles, ne sont pas bloquées.

En Normandie, près de Rouen, le terminal pétrolier Rubis est bloqué à Grand-Quevilly depuis 1h30 du matin. Une quarantaine de routiers sont sur place. A Caen, le barrage filtrant sur le périphérique sud s’est terminé vers 7h30. Les routiers ont été délogés sur ordre du préfet.

A Lorient, une manifestation a eu lieu ce lundi matin. Les opposants à la loi travail ont tenté de bloquer le dépôt pétrolier avant de viser la pénétrante, puis de bloquer les accès au dépôt par des poubelles et des barricades. Sur les quelque 200 manifestants qui étaient rassemblés en début de matinée, il n’étaient plus qu’une trentaine à la mi-journée.

En Ille-et-Vilaine, les deux rond-points qui permettent l’accès au dépôt de Vern-sur-Seiche, près de Rennes, étaient bloqués en début de matinée. Aux alentours de 10h30, les manifestants ont quitté cette zone pour mettre en place un barrage filtrant sur l’axe Rennes-Angers, bloquant les poids lourds.

A Toulouse, une quinzaine de camions ont bloqué ‘accès de l’Eurocentre, une plate-forme multimodale, sur l’A62. Le blocage s’est terminé vers 7h30.

En Loire-Atlantique, à Donges, les routiers de la CGT et de FO ont tenté de bloquer la raffinerie. Ils ont allumé des feux au niveau du rond-point des Six Croix, entre la sortie de la voie express et l’entrée de la zone industrielle. Ils distribuent des tracts pour expliquer aux autres chauffeurs routiers pourquoi ils se mobilisent contre la réforme du Code du travail. Les gendarmes sont sur place.

En Gironde, une centaine de routiers ont bloqué le dépôt pétrolier de Bassens. Ils ont été rejoints par des étudiants et des salariés qui protestaient eux aussi contre cette réforme. Le barrage a été levé vers midi, et les manifestants se sont dirigés vers l’entrepôt pétrolier de Gironde, à Ambès.

A La Rochelle, les dépôts de carburants sont fermés, d’après les syndicats.

En Île-de-France, un barrage a été mis en place au port de Gennevilliers, dans lesHauts-de-Seine, mais aussi à la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, et au dépôt d’hydrocarbures de Coignières, dans les Yvelines. mais à Gennevilliers, le barrage a été empêché par les CRS. Les routiers se sont contentés de distribuer des tracts.

Jean-Claude Vezole, trésorier du syndicat départemental de la CGT Routiers de Côte-d’Or explique les conséquences de cette réforme pour la profession : « Avec ces ordonnances, les patrons vont avoir tout le loisir de faire rouler toujours plus leurs chauffeurs. Les heures vont exploser forcément, les coupures ne seront plus respectées ». Les cinq ordonnances réformant le Code du Travail ont été publiées samedi au Journal officiel, une journée après leur signature par le président de la République.

Les routiers prévoient de cibler en priorité les sites de dépôt de carburant, les péages et les centres de distribution. En France, il existe huit raffineries (au 1er janvier 2017) et 10 765 pompes à essence. Si ces points de vente devaient être à sec, la France dispose de réserves stratégiques dans lesquelles elle pourrait puiser. Inutile donc de se ruer dans les stations services pour faire le plein. Ce système de stockage a été instauré pour la première fois en 1925. Après la Première guerre mondiale, la France avait pris conscience de l’importance d’avoir des stocks d’essence pour répondre aux besoins de carburant. Depuis 1988, la gestion de ces réserves de carburant est gérée par la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (Sagess) qui dispose d’environ de 13,7 millions de tonnes de stocks. Les sites de stockage sont au nombre de 93 répartis dans sept zones en France, mais les lieux ne sont pas connus de manière précise. L’idée c’est de conserver au minimum 10 jours de consommation pour l’essence et quinze pour le gazoil et le fioul domestique dans chacune de ces zones.

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