Macron en Guyane : affrontements à Cayenne, à l’occasion de son déplacement

GABRIEL MIHAI

Des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont terni, dans la nuit de jeudi à vendredi, une visite du président Emmanuel Macron dans le département français de Guyane, en Amérique du sud. Cinq personnes ont été interpellées, a indiqué dans la nuit le procureur Eric Vaillant. Un gendarme mobile et deux policier ont été légèrement blessés, selon un premier bilan.

Pendant plusieurs heures, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes destinés au départ à disperser un rassemblement à l’appel d’un collectif local, Pou Lagwiyann dékolé (Pour que la Guyane décolle), devant la préfecture à Cayenne. En réponse, des jeunes souvent cagoulés ont lancé des cocktails Molotov et des projectiles, selon AFP.

Le président français était arrivé jeudi dans un climat tendu, six mois après un mouvement social qui a paralysé ce territoire français. Dès son arrivée, il s’est rendu à Maripasoula, la plus vaste commune de France, soumise à une très forte pression migratoire. Il a averti qu’il n’était pas venu en «Père Noël», ni pour «faire des promesses».

Les affrontements survenus en fin de journée à Cayenne ont contrasté avec le début de la visite présidentielle. L’après-midi, une marche à l’appel du collectif Pou Lagwiyann Dékolé avait ainsi rassemblé dans le calme plus d’un millier de personnes.

Les manifestants demandaient le respect des accords signés avec l’ancien gouvernement à l’issue du mouvement social de mars-avril. Réclamant un rendez-vous avec le chef de l’Etat, les manifestants se sont ensuite rassemblés devant la préfecture. La présidence leur proposé un rendez-vous vendredi matin mais les manifestants ont refusé, réclamant de voir M. Macron dans la soirée. Les affrontements ont éclaté par la suite.

Selon l’Elysée, M. Macron est venu dire qu’il respecterait l’accord de Guyane du 21 avril, par lequel l’ancien gouvernement a acté un plan d’urgence de 1,08 milliard d’euros, signé des accords sectoriels et «pris acte» d’une demande de 2,1 mds d’euros de mesures supplémentaires.

A 7000 km de Paris, le territoire de 83’000 km2 pour environ 254’000 habitants, cumule difficultés et retards: immigration clandestine massive, insécurité croissante, communes enclavées, services de santé défaillants, système scolaire inadapté, taux de chômage très élevé (23%).

Macron l’a affirmé, il n’est “pas le Père Noël”, et son discours du 27 octobre à Cayenne confirme qu’il ne fera pas de cadeau. En déplacement pendant trois jours dans le département d’outre-mer, le président de la République a affirmé que “le rôle de l’État” n’était pas de “tenir des engagements irréalistes” ni de “céder à des pressions, quelles qu’elles soient, en particulier lorsqu’elles n’ont pas la légitimité démocratique”.

Pour son déplacement, M. Macron est notamment accompagné du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et de plusieurs ministres. Vendredi, il est attendu au centre spatial de Kourou, vitrine de l’économie guyanaise, symbole d’inégalités sociales alors que d’autres communes n’ont ni électricité ni eau courante.