Macron a appelé Netanyahu à “des gestes courageux envers les Palestiniens”

GABRIEL MIHAI

Le Premier ministre israélien trouve les réactions européennes «hypocrites».

La réaction de l’Europe à la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël est hypocrite et témoigne d’un double standard, a estimé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Benjamin Netanyahu a rencontrer ce dimanche à Paris le président français Emmanuel Macron. Il se déplacera ensuite lundi à Bruxelles, où il y est attendu pour une réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères à l’invitation de Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères.

Le président français Emmanuel Macron a appelé dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à «des gestes courageux envers les Palestiniens» pour «sortir de l’impasse actuelle», à l’issue d’un entretien bilatéral à Paris.

«J’ai invité le Premier ministre à mener des gestes courageux envers les Palestiniens pour sortir de l’impasse actuelle», a déclaré le président français, tout en «condamnant avec la plus grande clarté toutes les formes d’attaques des dernières heures et jours contre Israël», lors d’une conférence de presse conjointe à l’Elysée.

«Il me semble que commencer par le gel de la colonisation et les mesures de confiance à l’égard de l’Autorité palestinienne, ce sont des gestes (..) qui sont d’importance», a ajouté le chef de l’Etat. «Je lui dis: Laisse une chance à la paix, fais un geste vers les Palestiniens », a-t-il martelé.

Le gouvernement israélien a relancé en octobre des projets de construction de milliers de logements de colons en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexée. Environ 400’000 colons israéliens mènent une coexistence souvent conflictuelle avec 2,6 millions de Palestiniens en Cisjordanie.

Les mesures de confiance pourraient porter sur la liberté de circulation des Palestiniens, la mise en place de projets palestiniens dans le domaine agricole et les conditions de vie des détenus, a-t-on précisé à l’Elysée.

«Ces 22 dernières années, aucun Premier ministre n’a participé à une telle réunion. J’accorde une grande importance à l’Europe. Je la respecte, mais je ne suis pas prêt à accepter des doubles standards», a affirmé Benjamin Netanyahu.

Ce dernier ne comprend pas que les dirigeants européens condamnent la décision de Donald Trump, mais restent dans le même temps silencieux sur l’envoi de roquettes depuis la Palestine vers Israël. «Je n’ai pas l’intention d’accepter cette hypocrisie et, comme toujours, je profiterai de cette opportunité importante pour proclamer la réalité israélienne sans peur et avec la tête haute», a prévenu le Premier ministre.

S’il a regretté une nouvelle fois la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, Emmanuel Macron a aussi «condamné avec la plus grande clarté toutes les formes d’attaques des dernières heures et jours contre Israël», provoquées par l’annonce américaine.

Pour le quatrième jour consécutif dimanche, des milliers de personnes ont manifesté au Moyen-Orient et à l’étranger contre cette décision. Depuis jeudi, quatre Palestiniens ont été tués dans des heurts avec des soldats ou dans des raids aériens israéliens.

A Paris, Benjamin Netanyahu a une nouvelle fois souligné qu’Israël ne saurait avoir d’autre capitale que Jérusalem et que les tentatives de nier cette «connexion millénaire» étaient «absurdes».

Emmanuel Macron a déclaré de son côté que la France soutiendrait toute initiative permettant «l’établissement de deux Etats» israélien et palestinien, tout en soulignant que «la paix ne viendra que des parties prenantes».

«Il y a une volonté de médiation américaine qui demeure. Je ne veux pas la condamner ab initio», a-t-il ajouté, alors que le conseiller et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, travaille depuis plusieurs mois en toute discrétion à une relance du processus. La France, concentrée sur les négociations de paix en Syrie et la situation au Liban, ne prendra pas elle-même d’initiative, a-t-il toutefois laissé entendre, enterrant ainsi de facto celle initiée par son prédécesseur François Hollande.

Quelque 70 pays avaient solennellement réitéré leur engagement en faveur des deux États israélien et palestinien, le 15 janvier à Paris, au grand dam d’Israël, farouchement opposé à l’initiative.