L’itinéraire d’une cheffe qui s’est construite à la force de sa détermination

Qui ne connait pas Babette de Rozières ? Cheffe au franc parlé, animatrice télé, mais aussi femme engagée en politique aux côtés de Valérie Pécresse, avec Babette c’est tout au rien. Mais que sait-on réellement de ses débuts ? Pourquoi est-elle parti soudainement de Pointe à Pitre pour venir s’installer à Paris, loin des siens alors qu’elle n’est pas encore majeure ? Comment est-elle devenue cette toque antillaise, fée des fourneaux reconnue pour qui les gens se déplacent des quatre coins du monde afin d’être reçus à sa table d’hôtes gourmets pour déguster ses plats créoles ? Confidences dans son havre de paix chaleureux à la décoration cosy et romantique à Maule (78), à quarante-cinq kilomètres de Paris.

Qui êtes-vous donc Babette ?

Je suis issue d’une famille métissée mélangée. Ma mère était blanche. C’était une mulâtresse aux yeux clairs. Mon père était un très beau sénégalais, à la peau très foncée. L’amour n’a pas eu de frontière entre eux. La « Babounette » en a été le fruit illégitime, car ils n’étaient pas mariés.

Cela a été un problème pour votre famille ?

Une fille mère dans la famille ? C’était comme si on avait tué ma grand-mère !!! Ma famille étant très à cheval sur l’éducation, je suis devenue l’enfant de ma grand-mère, le secret de famille.

Et votre mère, vous ne l’avez jamais revue ?

Si, au décès de ma grand-mère. Je suis allée vivre chez elle. Mais elle était une totale étrangère pour moi puisque c‘est ma grand-mère qui s’était jusqu’alors occupée de moi. Je n’étais donc pas des siens. C’est pourquoi lorsque me parle de racisme, cela me fait doucement rire. J’ai voulu comprendre mon histoire. La vérité m’a été donnée. À 17 ans, j’ai ressenti le besoin de couper le cordon ombilical avec toute cette maltraitance que je subissais. Alors, après le bac, j’ai décidé de prendre ma liberté et je suis partie à Paris.

Mais vous n’étiez pas majeure et sans argent ?

En effet et ce, malgré que ma famille soit aisée. Je suis rentrée à l’université d’Antony pour suivre des cours d’histoire géographie. Mais ça ne me plaisait pas du tout. J’ai alors passé différents concours tout en continuant de suivre mon cursus. Et j’ai été reçue à l’ORTF. Tous les jours, je faisais Antony, rue du Ranelagh dans le 16ème à pied pour gagner 500 francs ! L’échelle sociale, avant de prendre l’ascenseur, je connais !

Comment gériez-vous votre quotidien ?

L’argent que je gagnais n’était pas suffisant. Il fallait que je travaille plus. Je suis allée faire des extras comme standardiste dans un hôtel de 20h à 6h du matin.

Et la cuisine dans tout cela ?

C’est dans cet hôtel que je l’ai découvert. Je passais du temps avec le chef. J’étais enivrés par tous les produits que je voyais et que je ne connaissais pas. J’ai commencé à cuisiner par le nez. Ce sont les bonnes odeurs qui m’ont incitée à faire la cuisine.

Mais quand avez-vous eu LE déclic de vous lancer ?

Dans ma chambre d’étudiante. Au bout de dix ans. J’avais réussi à économiser 10 000 francs et là je me suis dit, « ça suffit, achète-toi un restaurant ». J’avais craqué pour un endroit tout petit avec 2 tables seulement, 4 chaises et un bar face aux Folies Bergère, mais il coûtait 15 000 francs.

Une somme en effet. Comment avez-vous fait ?

Dans ma vie, la chance m’a souvent souri. C’est le directeur de la banque européenne d’Afrique, rencontré grâce à une amie, qui me les a donnés, sans rien attendre en retour. Je n’en revenais pas et cela m’émeut toujours autant aujourd’hui. (NDLR : les larmes lui montent aux yeux). C’est grâce à lui que j’ai pu ouvrir mon premier restaurant. J’ai alors démissionné de l’ORTF.

Qu’y proposiez-vous ?

Le seul plat que je savais faire à l’époque le Colombo d’agneau avec des accras. Mais je n’avais pas un client. J’ai alors l’idée de me faire livrer via une amie hôtesse de l’air du rhum pour proposer beaucoup de punch. C’est comme ça que tout a enfin commencé.

Des restaurants, vous en avez ouverts et fermés, mais pourquoi avoir éteint les fourneaux de « La table de Babette » où le tout Paris venait manger ?

Un jour on m’appelle pour me dire de me rendre à l’hôpital américain. Mon mari était en train de faire une embolie pulmonaire bilatérale. C’est alors que je me suis rendu compte que je n’avais rien fait de ma vie, à l’exception de travailler. Le lendemain, je mettais mon restaurant en vente. J’arrêtais tout.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de rouvrir alors « La Case de Babette », qui est aussi, votre chez vous ?

Ne rien faire me déprimait. Nous avions acheté cette maison à Maule il y a vingt-trois ans. Un jour, je dis à mon mari que j’ai envie de monter quelque chose dans notre garage. J’entreprends les travaux avec une extension sur le jardin. Il en a été très mécontent, car il a compris l’importance que cela allait prendre. « La Case de Babette » existe maintenant depuis huit ans.

C’est pourquoi, vous ne vous impliquez plus de la même manière qu’avant ?

Je ne travaille que sur réservation et que le jour où j’en ai envie. « La Case de Babette » n’est pas un restaurant où l’on se dit « Tient on va manger chez Babette». Il faut appeler. Si je veux travailler, alors je reçois. Je fais toutefois une exception pour les vendredis et samedis soirs ainsi que les soirées d’été où je suis ouverte.

En revanche, vous restez très impliquée dans le salon des Outres mers et de la Francophonie …

Oui. Ce sera la quatrième édition. Elle va se tenir du 1er au 3 février 2019 dans le hall 5.1 à la porte de Versailles (Paris XVème). Tous ceux qui étaient là l’an passé, souhaitent revenir. C’est super. Cette année, La Louisiane et les épices seront à l’honneur. J’y vais justement prochainement pour aller rencontrer le maire et le consul.

 

« La case de Babette » Villa le Saint-Vincent, 2, rue Saint-Vincent, Maule (Yvelines) – Réservations : 01-30-90-38-97, www.lacasedebabette.com