L’europe a rendu l’hommage à Helmut Kohl

GABRIEL MIHAI

Le cercueil, recouvert du drapeau européen et porté par huit militaires allemands, a été installé sur un catafalque érigé au centre du Parlement européen à Strasbourg.

Une vingtaine de chefs d’États et de gouvernements, un ancien souverain et plusieurs centaines de personnalités assistaient samedi à l’hommage européen rendu à l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg.

L’Union européenne a rendu samedi un hommage inédit et chargé d’émotion à l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl, avec une cérémonie organisée dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg avant ses funérailles en Allemagne. L’Union européenne était doublement endeuillée avec le décès vendredi de Simone Veil, première présidente du Parlement européen et autre grande Européenne. “Helmut Kohl fut pour la France un interlocuteur privilégié, un allié essentiel, mais il fut plus aussi plus que cela, il fut un ami”, a insisté Emmanuel Macron dans son hommage. “Nous sommes ici pour saluer sa trace dans l’histoire”, a ajouté le président français.

Le cercueil recouvert du drapeau européen et porté par huit militaires allemands a été installé sur un catafalque érigé au centre de l’hémicycle pour cette cérémonie sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne.

Trois couronnes de fleurs ont été disposées devant le cercueil: l’une aux couleurs de la République fédérale d’Allemagne, l’autre au nom de l’Union européenne et la troisième, au nom de son épouse, porte l’inscription “In Liebe, deine Maike” (Avec Amour, Maike).

“Helmut Kohl était un vrai Européen et un ami. L’Europe lui doit beaucoup”, a souligné avant la cérémonie le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le seul des dirigeants européens encore en fonctions à l’avoir côtoyé.

Père de la réunification allemande, architecte de l’élargissement de l’Union européenne et héraut de l’amitié franco-allemande, Helmut Kohl est décédé le 16 juin à l’âge de 87 ans. Il a été chancelier pendant seize années, de 1982 à 1998, et son “héritage pour l’Europe est énorme”, a insisté Jean-Claude Juncker. “Je prendrai la parole comme l’ami et non comme le dirigeant”, a-t-il annoncé avant la cérémonie.

C’est la première fois que l’UE organisait une telle cérémonie pour honorer la mémoire d’un homme qui figure parmi les trois personnalités à avoir reçu le titre de «citoyen d’honneur de l’Europe», avec Jean Monnet, un des fondateurs du projet européen, et Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne aujourd’hui âgé de 91 ans.

“Ce qui nous semble aujourd’hui une évidence, c’est à lui que nous le devons”, a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, en évoquant la réunification est-ouest, en 1990, la fin des frontières et la monnaie unique, avancées décisives du projet européen que M. Kohl a rendues possibles, même s’il n’en a pas été le seul artisan. “Sans Helmut Kohl, la vie de millions de personnes, dont la mienne, qui vivaient de l’autre côté du Mur, ne serait pas celle d’aujourd’hui”, a ajouté la chancelière allemande, toute de noir vêtue et visiblement émue.

Le président du Parlement européen Antonio Tajani a ainsi rendu hommage à “un géant politique capable d’écouter les citoyens et de regarder au-delà de l’horizon”. “Il appartenait à la dernière génération qui avait vécu l’enfer de la guerre» et pour laquelle «l’unité européenne, le dépassement des nationalismes, représentaient le rêve d’une société de paix qu’ils laisseraient à leurs enfants”, a-t-il ajouté.

Le président français Emmanuel Macron a quant à lui salué “l’homme qui a à plusieurs reprises a su prendre des décisions courageuses, parfois contre sa propre opinion publique”. Selon lui, “Helmut Kohl fut, pour la France, un interlocuteur privilégié, un allié essentiel, mais il fut plus que cela, il fut un ami”.

Parmi les personnalités présentes, on pouvait remarquer la Première ministre britannique Theresa May, ses homologues hongrois Viktor Orban et israélien Benyamin Netanyahu, l’ancien président américain Bill Clinton, ainsi que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et ses prédécesseurs Romano Prodi et Jose Manuel Barroso.

La Suisse avait pour sa part délégué Markus Börlin, ambassadeur et représentant permanent de la Suisse auprès du Conseil de l’Europe.
Le ancien monarque, Juan Carlos d’Espagne, et plusieurs centaines d’autres personnalités avaient pris place dans l’hémicycle pour cette cérémonie.
L’actuel Premier ministre russe Dmitri Medvedev a évoqué la “maison commune” européenne dont rêvait l’ancien chancelier.

A l’issue de la cérémonie, le corps de l’ancien chancelier a été transporté par hélicoptère jusqu’à Ludwigshafen, sa ville natale, dans le Palatinat, puis a effectué un court trajet sur le Rhin jusqu’à Spire, l’ancienne capitale du Saint Empire romain germanique. Il y a été inhumé à l’issue d’un Requiem pontifical dans la cathédrale auquel ont assisté quelque 1500 invités et d’un dernier hommage militaire. Compte tenu de l’événement et des participants, un dispositif de sécurité exceptionnel avait été été mis en place : 2.000 policiers et gendarmes mobilisés en renfort, ainsi que 300 sapeurs-pompiers, des services d’experts en déminage, des avions et hélicoptères de l’armée et de la gendarmerie, un détachement de lutte anti-drone…

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