Législatives en Allemagne: victoire de Merkel, l’extrême droite au Parlement

GABRIEL MIHAI

Le suspense était minime en Allemagne. Les conservateurs allemands d’Angela Merkel ont remporté les élections législatives de dimanche avec 32,5 à 33,5% des voix, selon les estimations des chaînes publiques.

Les unions conservatrices d’Angela Merkel ont remporté les élections législatives de dimanche en Allemagne. Mais la fête est gâchée par l’entrée historique de la droite nationaliste au Bundestag et la quête d’une majorité qui s’annonce compliquée.

D’après les projections de la chaîne ARD, le bloc CDU-CSU de la chancelière est donné vainqueur du scrutin avec 32,8% des voix. C’est moins que le précédent plus bas historique déjà atteint par Mme Merkel en 2009 (33,8%) et très en deça des 41,5% obtenus il y a quatre ans.

Son succès est terni par la poussée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Selon les sondages à la sortie des urnes, l’AfD a pris un million de voix à la CDU-CSU, 400’000 aux sociaux-démocrates du SPD et encore un million parmi les abstentionnistes.

L’arrivée au Bundestag de députés nationalistes et anti-immigration est un «grand défi» pour l’Allemagne, a reconnu la chancelière qui a admis qu’elle avait espéré un meilleur résultat. Mais elle a ajouté qu’aucune coalition n’était possible sans la CDU-CSU et que son parti a clairement obtenu un mandat pour former le prochain gouvernement.

Au pouvoir depuis 2005, Mme Merkel ne va pas échapper à un vif débat en interne, où l’aile droite de son parti critique depuis des mois sa politique d’ouverture à plus d’un million de réfugiés et, de manière générale, une politique trop centriste.

Dès dimanche soir, les appels à un virage à droite ont émergé. «Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées», a ainsi demandé Horst Seehofer, président de la CSU, l’aile bavaroise et conservatrice du parti de la chancelière parlant d’«amère déception».

Le SPD est donné à 20,7%, un score historiquement bas. La vice-présidente du parti, Manuela Schwesig, en a aussitôt tiré les conséquences, proclamant la mort de la «grande coalition» mise en place avec la CDU-CSU en 2013. Les électeurs ont envoyé un message clair pour retourner dans l’opposition, a renchéri le chef de file du SPD, Martin Schulz.

«Ce qui nous déprime tous en particulier, c’est la force de l’AfD, qui ramène pour la première fois un parti de droite dure au Parlement dans une telle de position de force. C’est un tournant», a-t-il déploré. Il a promis de se battre au Bundestag pour ses «valeurs et principes de tolérance, du respect».

Avec 13,2% des voix, l’AfD devient pour sa part la troisième force du parlement. «Le futur gouvernement, quel qu’il soit, devrait se préparer à des temps difficiles», s’est réjoui Alexander Gauland, un des deux chefs de file du parti.

«Nous allons changer ce pays (…) Nous allons faire la chasse à Madame Merkel. Nous allons récupérer notre pays», a-t-il ajouté. Créée en 2013 pour lutter contre la monnaie unique européenne et les plans de renflouement dans la zone euro, l’AfD s’est progressivement muée en un parti anti-immigration.

Alors qu’il avait échoué aux portes du Bundestag en 2013, il devance désormais la gauche radicale Die Linke, les libéraux du FDP et les Verts, tous autour de 9-10%.

Il devrait donc revenir à Angela Merkel de constituer pour la quatrième fois un gouvernement. Mais ce sera sans le SPD, qui a d’ores et déjà annoncé son intention d’être dans l’opposition, après quatre ans de collaboration avec la chancelière. Le parti d’Angela Merkel devrait donc se tourner vers les libéraux et les Verts. Mais les divergences entre les deux formations politiques sur l’avenir du diesel ou l’immigration s’annoncent déjà très compliquées à gérer. Certains médias allemands parlent même de possibles nouvelles élections si les négociations n’aboutissent pas.