La tension entre Macron et Bayrou

GABRIEL MIHAI

La liste des candidats aux législatives n’a pas été accueillie d’un bon œil par François Bayrou, principal allié de Macron pendant la campagne.

Le mouvement centriste d’Emmanuel Macron, La République en Marche (REM), a tenté vendredi de minimiser les tensions avec François Bayrou. Le chef du MoDem est furieux du nombre qu’il juge trop bas de candidats de son parti sur la liste des investitures pour les législatives.

A huit jours de la fin du dépôt légal des candidatures, le mouvement de M. Macron a présenté jeudi une liste de seulement 428 noms, sur le total des 577 circonscriptions. Une façon pour le président élu de ménager des ténors de droite comme de gauche, mais qui a fortement déplu au président du MoDem. M. Bayrou a d’ailleurs convoqué un bureau politique vendredi soir, refusant de donner son «assentiment» à cette liste.

«C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse», avait dit jeudi soir M. Bayrou dans les colonnes de L’Obs, prévenant qu’il ne «laisserait pas faire ça». Selon le président du MoDem, seuls 35 candidats de son mouvement ont été investis, au lieu des 120 qu’on lui aurait promis.

«Quand je lui ai apporté mon soutien, M. Macron était à 18%», a souligné le maire de Pau. «Nous l’avons fait élire». Selon son entourage, François Bayrou a été «abasourdi» à la lecture de la liste des investitures.

Vendredi, le président de la commission d’investiture de La République en Marche a lancé un avertissement à M. Bayrou sur les «lignes à ne pas franchir» après ses critiques. «Une négociation, ça se noue ou ça se rompt», lui a répondu Jean-Paul Delevoye face à la presse près du QG du mouvement du président élu, à Paris.

«(…) Nos concitoyens sont très, très éloignés, voire ne veulent plus de petits arrangements», a-t-il ajouté. «Ce n’est pas une question de mathématiques, c’est une question aujourd’hui de cohérence, de confiance, de crédit», a-t-il souligné. «Chacun doit chercher l’efficacité, et non pas les rapports de force».

Plusieurs responsables de la REM se sont toutefois efforcés en journée de minimiser le désaccord entre les deux alliés. Son secrétaire général, Richard Ferrand, a ainsi assuré le maire de Pau que tout allait «bien se passer» pour les législatives, notant qu’«une quarantaine» de candidats MoDem figurent déjà sur la liste des investis.

Y aura-t-il de nouveaux candidats MoDem, alors que près de 150 circonscriptions restent pour l’heure dépourvues de candidats? «Autant que nécessaire dès lors que ce sont les meilleurs candidats», a répondu M. Ferrand, pour qui «il n’y a rien de plus vieux qu’une colère de la veille».

Benjamin Griveaux, porte-parole de REM, a quant à lui expliqué que les choix ayant pu écarter des candidats MoDem étaient liés à «des questions de renouvellement essentiellement», assurant que «les choses vont s’apaiser». Parmi les candidats du MoDem pressentis et qui sont absents de la liste, on note la numéro deux du parti, Marielle de Sarnez, dont le nom a aussi été cité dans la composition du gouvernement, attendue en début de semaine.

S’agissant de Manuel Valls, qui avait annoncé briguer l’investiture de La République en Marche!, créant un certain embarras, une forme de compromis a été trouvée: pas investi, il se présentera «en homme libre», sans candidat REM face à lui.

Le chef de file des députés Les Républicains (LR), Christian Jacob, a dénoncé vendredi «une attitude de petits politicards» dans «cette affaires des investitures» de REM, où «est totalement empêtré», selon lui, M. Macron.

Le nouveau président élu sera investi dimanche et devrait alors annoncer le nom de son futur premier ministre. Samedi, il rencontrera le président du Sénat Gérard Larcher (LR).

Le premier déplacement du président de la République investi sera réservé à l’Allemagne. La chancelière Angela Merkel doit en effet le recevoir dès lundi après-midi, a annoncé le porte-parole de Mme Merkel. Les deux dirigeants devraient d’abord avoir un entretien, puis tenir une conférence de presse commune avant un dîner officiel. Rien n’a filtré sur les thèmes qui seront abordés.

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