Europe entends tu ces hurlements de détresse?

GABRIEL MIHAI

L’Aquarius, affrété par SOS MEDITERRANEE en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a été confronté samedi 27 janvier à l’une des pires journées depuis le début de sa mission.

L’interception d’un canot pneumatique en détresse par les garde-côtes libyens dans les eaux internationales à l’aube, l’Aquarius a été mobilisé pour le sauvetage d’un autre bateau pneumatique qui était en train de couler dans les eaux internationales au large de la Libye. Bilan : 98 personnes sauvées, 2 femmes décédées, de nombreux disparus ; parmi les rescapés, 15 patients évacués d’urgence en hélicoptère dont 6 enfants avec de l’eau dans les poumons. Après cette journée doublement tragique, l’Aquarius continue néanmoins de patrouiller dans la zone de sauvetage à la recherche d’éventuelles autres embarcations en difficulté.

Sept personnes inconscientes à leur arrivée à bord (une femme, trois bébés et trois jeunes enfants) ont été réanimées avec succès. En revanche les efforts de l’équipe médicale ont été vains pour deux autres femmes qui n’ont pas survécu, laissant deux enfants orphelins, dont un bébé de quelques mois qui se trouve à bord de l’Aquarius et un enfant de quatre ans, qui a été évacué par un hélicoptère de la marine Italienne vers Sfax en Tunisie avec 9 autres patients (trois adultes et six enfants, plus leurs six accompagnateurs adultes).

Les récits des survivants sont glaçants : « Les gens ont commencé à paniquer. J’étais sur le bateau mais à un moment, quelqu’un a commencé à me tirer vers l’arrière et m’a fait tomber dans l’eau », a raconté un rescapé camerounais à un volontaire de SOS Mediterranee.

« J’étais tombée dans l’eau et quelqu’un s’est accroché à moi alors que j’essayais de m’accrocher au bateau, j’allais couler alors je l’ai mordu » a ajouté l’épouse de ce rescapé. Selon les témoignages des rescapés, des personnes étaient déjà tombées à l’eau avant l’arrivée des sauveteurs de SOS Mediterranee. De nombreuses personnes sont portées disparues, dont des enfants et un bébé d’un mois et demi.

« Nous avons été confrontés à un sauvetage très critique. Lorsque nos bateaux se sont approchés de l’embarcation pneumatique, il était déjà dégonflé sur un des côtés et des personnes étaient déjà dans l’eau sans gilet de sauvetage.

Tous les équipements d’urgence ont été immédiatement déployés, mais beaucoup de personnes avaient déjà perdu connaissance quand elles ont été repêchées et ont dû être réanimées.

Malgré tous les efforts des sauveteurs et de l’équipe médicale, pour deux femmes, c’était malheureusement déjà trop tard » a déclaré Klaus Merkle, coordinateur des opérations SAR (Search and Rescue) de SOS Mediterranee.

Aux alentours de 2h du matin dans la nuit de vendredi à samedi, l’Aquarius a reçu du MRCC de Rome l’instruction de rechercher une embarcation en détresse dans les eaux internationales à l’Ouest de Tripoli. Le canot a été repéré quatre heures plus tard à environ 15 milles marins des côtes libyennes et intercepté par les garde-côtes libyens, qui ont ordonné à l’Aquarius de s’éloigner et refusé fermement toute offre d’assistance.

« Nous venions de repérer le canot avec une centaine de personnes à bord. Le phare de l’Aquarius a été allumé et pointé vers l’embarcation. Nous pouvions voir les visages apeurés des personnes et nous les entendions hurler et appeler à l’aide, nos équipes étaient prêtes à intervenir pour sauver ces hommes, femmes et enfants en détresse, mais les garde-côtes libyens nous ont ordonné brutalement de quitter la zone et ont refusé catégoriquement toute offre d’assistance de notre bateau humanitaire » raconte Klaus Merkle.

« Le droit maritime international prévoit que les personnes secourues dans les eaux internationales soient accompagnées dans un port sûr. Or ce lieu sûr ne peut pas être la Libye, en proie au chaos et privée de structures étatiques dignes de ce nom, où les droits fondamentaux des personnes sont quotidiennement bafoués, et particulièrement ceux des migrants et réfugiés, qui y sont victimes des pires atrocités » précise Sophie Beau, vice-présidente de SOS MEDITERRANEE international.

Informé par le MRCC de Rome que les garde-côtes libyens assumaient le commandement sur place de cette opération, l’Aquarius a aussi été prié de se conformer à leurs instructions. Après avoir été sommé de quitter la scène, l’Aquarius a été informé via radio par le bateau des garde-côtes libyens que ces derniers avaient intercepté deux bateaux pneumatiques, ils se sont toutefois abstenus de préciser où seraient conduites les personnes qui se trouvaient à bord des canots en détresse.

« Nous exhortons de nouveau les Etats européens à tout mettre en œuvre pour éviter de telles tragédies, pour mettre fin à ces morts évitables. Il est urgent que l’Europe entende ces hurlements de détresse à bord des canots interceptés par les garde-côtes libyens et à bord,

coulent sous nos yeux – les hurlements de ces enfants, de ces femmes, de ces hommes, noyés dans l’indifférence ! » a déclaré Francis Vallat, président de SOS MEDITERRANEE France.

L’Europe est en train de vivre la crise migratoire sans doute la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. La crise actuelle résulte en premier lieu de toute une série de conflits armés et de problèmes économiques aigus dans les pays d’Afrique et du Proche-Orient.

L’Europe complice des morts des migrants en Méditerranée
La lutte contre les migrations clandestines et les passeurs de migrants africains à travers la Méditerranée figure parmi les priorités des autorités italiennes. C’est entre autres grâce à leurs efforts que le nombre de migrants arrivés en Italie.

Des chiffres qui devraient être à l’ordre du jour du sommet qui se tient à Rome entre sept pays du sud de l’Europe (France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Chypre, Malte) venus surtout afficher leur unité sur la question migratoire. Deux autres réunions ont suivi en 2017, à Lisbonne en janvier et à Madrid en avril.

Depuis l’année dernière, et surtout après un accord controversé avec les autorités et les milices libyennes, l’Italie a connu une forte baisse du nombre d’arrivées par bateau.

Du 1er janvier au 16 janvier, quelque 974 migrants et réfugiés ont atteint les côtes italiennes, contre 2 393 enregistrés à la même période en 2017, selon les dernières statistiques du ministère de l’Intérieur.

Dans l’ensemble, l’Italie a accueilli 119 247 migrants et réfugiés l’année dernière et plus de 181 400 en 2016, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

 

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