Caroline Faindt : « Le talent, c’est de l’audace, de la chance et du travail »

Elle est belle, elle est pétillante. Elle, c’est Caroline Faindt, peintre designer de son état. Ses toiles intuitives, positives et colorées à souhait sont le reflet de sa personnalité apaisante, celle de la bonne humeur et de la feel good attitude. Le 21 juin dernier, elle a organisé une exposition éphémère « Entre ciel et terre » à la Dorothy Gallery (Paris XIème). Pourtant, on ne peut pas dire qu’elle ait la tête dans les étoiles. La sienne, Caroline la porte plutôt bien sur ses épaules. Rencontre avec une artiste qui amène l’art où on ne l’attend pas et qui voit la vie en … couleurs.

 

Impact European : Avant que le pinceau devienne votre mode d’expression, vous avez travaillé en télé et dans les médias. Que faisiez-vous exactement ?

Caroline Faindt : J’ai été directrice de casting pour des émissions de télévision. Je recrutais des candidats ou des témoins pour des documentaires.  Il y a très longtemps, j’ai travaillé auprès de Michel Field sur TF6.

IE : L’appel de l’artistique était déjà bel et bien présent …

CF : Très tôt, j’ai eu des ambitions artistiques. Avant de faire ce que je voulais, mes parents voulaient que je passe mon bac. Je l’ai eu. Je suis venue à Paris. Comme j’aimais bien faire rire, j’ai fait un peu de comédie ; registre dans lequel je me sentais assez à l’aise. Mais au final, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi, car sans cesse, il fallait se mettre à nu, passer des castings et être jugée.

IE : Votre rencontre avec une peintre Franco-Suisse a réveillé l’artiste qui sommeillait en vous. Quel en a été le réel déclic ?

CF : Découvrir son travail lors d’un salon d’art contemporain à Strasbourg a été un révélateur. C’était la première fois que j’étais autant touchée devant des œuvres abstraites dans lesquelles la couleur était parfaitement maîtrisée. J’ai ressenti des émotions que je n’avais encore jamais éprouvé. C’était tellement fort et son travail me paraissait tellement libre, que je me suis dit « Mais moi aussi j’ai envie de faire ça !».

IE : Vous souvenez-vous de votre première toile ?

CF : C’était dès le lendemain. Grâce à une amie qui est venue me chercher pour que l’on achète mes premiers pinceaux. Je suis rentrée chez moi et j’ai réalisé « Clé » ma première toile dont les initiales sont les principales lettres de mon prénom. Je l’ai montré à mon père, qui en a été très ému. Depuis, je ne me suis plus jamais arrêtée de peindre.

IE : Aussi, depuis quand peignez-vous ?

CF : Cela fait maintenant quatorze ans.

IE : Qu’est-ce qui guide votre inspiration ?

CF : L’idée de transmettre la vie, à travers le travail de la couleur et de peindre l’âme des choses.

IE : Quels en sont les thèmes ?

CF : La ville, les fleurs, les gens, l’amour.

IE : Que voulez-vous transmettre ?

CF : Des choses positives, des émotions, celles que je ressens. Inconsciemment, on donne très souvent une grande partie de soi. À ma manière, j’ai envie, de donner de la joie.

IE : Quand peignez-vous ?

Depuis que j’ai fait de la peinture mon métier 7 jours sur 7, j’ai structuré mes journées et mes semaines, de sorte de ne plus peindre le soir ou la nuit.

IE : Quelles sont vos matières de prédilection ?

CF : L’acrylique est ce que je préfère travailler. Ça sèche vite et pour mon type de peinture, c’est le plus adapté. Quant au pastel, je les ai découvert via une amie dont le père était peintre amateur. À sa disparition, elle m’a offert son matériel. J’ai ainsi découvert le pastel. Grâce à elle maintenant, je le rajoute dans toutes mes toiles.

IE : Qu’est-ce que peindre vous apporte ?

CF : Un bien être. Souvent, je remercie la vie de m’avoir donné cette capacité de peindre. M’exprimer artistiquement sur la toile me fait du bien. J’en éprouve du plaisir et réussit à le faire d’une manière assez facile et fluide en ayant la sensation que le pinceau est le prolongement de ma main, de mon bras, de ce que je suis. C’est pour moi une chose assez incroyable. Cela étant, ce qui me plait, c’est d’être seule et de peindre dans mon coin. Une fois que je suis satisfaite, je suis toujours très reconnaissante et je dis « merci de me donner la possibilité de faire ça » et de le partager.

IE : Qui sont vos modèles ?

CF : Ils changent souvent. Mon premier rapport à la peintre, c‘est Monnet. Dans un autre genre, j’aime beaucoup Klimt et la graffeur John One. Ce qui me plait chez les artistes, c’est le traitement de la couleur.

IE : Justement, la couleur est l’ADN de votre travail. La travaillez-vous d’une façon particulière ?

CF : Je la travaille de façon assez inconsciente et complétement évidente. La couleur est mon amie, mon alliée.

IE : Comment lui donnez-vous corps sur la toile ?

CF : Je mets instinctivement mon premier coup de pinceau, mon premier aplat et après je construits au fur et à mesure d’une manière logique et harmonieuse, comme si je savais où je dois la poser.

IE : Un peu à la manière d’un puzzle ?

CF : Les puzzles sont bien plus compliqués que la peinture. Pour moi, peindre, c’est plus ludique. On met une couleur, puis une autre. Je construits, j’invente, j’imagine des mondes.

IE : Êtes-vous spectateurs de vos toiles ?

CF :  Forcément, oui. Je suis actrice et spectatrice uniquement dans la phase de création et dans l’évolution que je donne à ma toile. Plus après. J’ai à l’avance dans ma tête une partie des couleurs que je vais peindre. Il se peut, en pleine création, que ça évolue, que ça change, que je rajoute une couleur. Après, la toile se construit au fur et à mesure. Une fois qu’elle est aboutie, mon plaisir va être de la voir vivre à travers celui qui la regardera.

IE : Quelque temps après les avoir réalisées, regardez-vous vos toiles.

CF : Jamais, même pas celles que j’ai chez moi. Une fois peinte, c’est terminé, je passe à autre chose. Elles sont comme un cadeau que je livre aux autres. Je n’ai aucun souci de les laisser partir et à m’en détacher. C’est ce qui me permet de me renouveler.

IE : Vous est-il arrivé que l’on vous demande de reproduire certaines de vos toiles ?

CF : Oui, mais j’ai horreur de ça !

IE : En peinture, qu’est-ce qui est le plus difficile à réaliser ?

CF : Cela dépend de chacun. En tant qu’autodidacte, je ne suis pas formatée par une école et des techniques. Je suis libre. J’ai tout appris seule. Depuis quelque temps, j’ai très envie de travailler le corps, le nu d’une manière assez abstraite. Donc, si difficultés il y a, ce sera celles de maîtriser les proportions et l’équilibre.

IE : Pourriez-vous associer votre style à du collage ?

CF : Tout à fait et j’en ai déjà fait. J’y ai pris du plaisir, mais j’avais le sentiment que je n’avais pas grand-chose de créatif et de nouveau à apporter, du fait que le collage part de choses qui existe déjà.

IE : Que cherchez-vous ?

CF : L’équilibre. Ma peinture n’est réussie que lorsque je l’ai trouvé et qu’elle est harmonieuse. Quelque part, c’est finalement ce que nous cherchons tous dans nos vies. Trouver son équilibre, c’est le secret du bonheur.

IE : Parlez-nous de cette fameuse clé qui est cachée dans chacune de vos peintures …

CF : Longtemps, j’ai cherché ce que j’avais envie de faire. La peinture est donc entrée dans ma vie. Elle a été la clé de mon épanouissement, une ouverture sur le monde. J’ai eu l’idée de cacher une vraie clé en métal dans chacune de mes toiles, pour offrir de manière quelque peu suggestive et abstraite, le moyen au gens de mieux rentrer dans mon univers. Par cette clé, symbole intemporel, j’ouvre, à ma façon, les portes.

IE : Est-elle la clé de votre bonheur ?

CF : Elle en est une. J’espère que sur le trousseau, il n’y en a pas qu’une qui rend heureux.

IE : Savez-vous combien de toiles vous avez peint ?

CF : C’est une question que je me suis posée.  Un certain nombre, c’est certain.

IE : Quel est le coût moyen de vos toiles ?

CF : Ma cotation sur une toile d’1m x 1m est environ de 2000 euros.

IE : Est-il possible de vivre de sa passion ?

CF : Vraiment et je le dis, je vis de mon art.

IE : Votre inspiration ne s’exprime pas que sur la toile …

CF : J’essaie toujours d’innover, de trouver de nouvelles propositions. Savoir se diversifier est important. Je prends beaucoup de plaisir à faire d’autres choses que des toiles. Je dessine des bijoux, des meubles, des coques de portables, des étoles, des foulards. Ça me permet d’élargir mon spectre en touchant d’autres gens.

IE : Que signifie le talent pour vous ?

CF : C’est un mélange de plusieurs choses. Le talent, c’est de l’audace, de la chance et du travail.

IE : Être artiste et qui plus est, femme, n’est-ce pas trop compliqué aujourd’hui ?

CF : Oui et non. Les gens pensent que peindre ou créer, c’est facile. Ça, m’agace, car c’est beaucoup de travail et d’investissement. Mais d’un autre côté c’est tellement gratifiant, qu’on en oublie ces difficultés. On sait que ça va être dure et on l’accepte.

IE : Les femmes arrivent-elles à s’imposer en art contemporain ?

CF : Oui, bien que l’on soit très peu et que les artistes les plus vendus soient des hommes.

IE : Vous êtes une artiste très active et très présente en termes d’exposition. Qu’en est-il d’une ouverture à l’international ?

CF : En tant qu’artiste, pour que cela fonctionne, il faut être vu, mais pas partout et pas n’importe comment non plus.  C’est juste une question d’opportunité. Le monde est tellement vaste. Il y a plein de gens à conquérir. J’en ai très envie. Mon travail s’exporte petit à petit. J’ai déjà exposé à Liège et en Hollande. J’ai vendu au Luxembourg. Actuellement, certaines de mes toiles sont à Marrakech à la BCK Art Gallery ainsi qu’à l’hôtel Novotel Hivernage. Je vends aussi à l’étranger via des sites d’art.

IE : Un artiste a toujours des projets. Quels sont les vôtres ?

CF : Les premiers sont des projets de vacances (rires). Ensuite, je serai en septembre à Antibes, en résidence artistique. Je suis invitée par la ville à venir créer pendant un mois, aux côtés de peintres et d’écrivains. Changer d’univers, avec des lumières incroyables va me permettre d’aller chercher d’autres choses. Et puis, j’ai toujours les ambitions d’une exposition à ciel ouvert avec mon concept de la boite à couleurs dans laquelle les gens viennent y dire je t’aime.

IE : Que peut-on vous souhaiter ?

CF : De nouvelles expositions à l’étranger, de nouvelles collaborations avec de nouvelles marques.

Visuels : DR/Caroline Faidht

           

Série : Un jour, un portrait

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